Tout est ori, Serge Paul Forest

J’ai d’abord été enchantée par l’univers de Tout est ori publié par VLB Éditeur… La plume crue, débridée et drôle de Serge Paul Forest nous plonge sur les rivages de la Côte-Nord au cœur du business de pêche de mollusques et crustacés de la famille Lelarge. On y sent l’iode, le varech et les grains de sable qui se coincent dans les pliures de la peau. Ces personnages hauts en couleur sont à la fois touchants et plus tordus les uns que les autres ! Mais l’atmosphère devient vite « mouillée », « gluante » et « visqueuse »…

Robert Lelarge à la tête de l’entreprise familiale – entouré de sa sœur, Suzanne, allumée aux incantations bouddhistes et de son frère, Saturne, toxico aux illuminations passagères – pense flairer un gros coup en signant un contrat pour des milliers d’oursins avec un conglomérat japonais. Mais une énigmatique intoxication alimentaire touche le restaurant de fruits de mer de Saturne alors que s’installe le mystérieux Mori Ishikawa.

Aussi la cadette de Robert, Laurie, est totalement absorbée par son apprentissage du japonais, et surtout fascinée par cette nouvelle couleur indescriptible, inventée par Mori, qu’elle baptise « ori ».

S’ajoute à cela, un inspecteur du contrôle de salubrité des fruits de mer qui mène l’enquête pour comprendre d’où provient cette nouvelle toxine lumineuse qu’il a trouvé en mer. Ses soupçons se portent rapidement sur Mori.

Mais comment expliquer l’inexplicable ?

« Mori est en train de réaménager l’usine pour rendre soluble la conscience humaine et pour la donner aux coquillages. Les coquillages la filtrent et ils sécrètent les pigments dans leur système nerveux ». Ainsi les fruits de mer arrivent à saisir les vacillations de la vie humaine et à en faire « des surplus de réalité, sous la forme d’une couleur ».

Entre jeux de mots et de situations fantasques, l’auteur sait manier l’humour mais aussi un certain onirisme. J’ai aussi appris des choses étonnantes, comme le fait que les crevettes naissent d’abord mâles avant que leurs testicules se transforment en ovaires, produisant ainsi des œufs qui seront fécondés par les crevettes mâles, plus jeunes. Si les crevettes femelles sont plus grosses donc, c’est tout simplement qu’elles sont plus âgées. Oui… étonnant ! Pourtant son obsession pour la vie sexuelle de ses personnages et celle des crustacés devient vite gênante…

J’ai donc plutôt été déçue par Tout est ori, premier roman de Serge Paul Forest publié chez VLB Éditeur. L’univers drôle et décalé se fait vite noyer par un côté plutôt allumé et fantasque ! Dommage, c’était pourtant bien parti. Il a toutefois reçu le prix Robert-Cliche 2021 consacré à la relève du roman québécois et franco-canadien.