Pachinko, Min Jin Lee

Pachinko. 600 pages d’une histoire d’exil, de résilience, d’honneur et de résistance. À travers les quatre générations de la famille de Sunja, l’auteure nous décrit, avec une plume dépouillée et directe, près d’un siècle des relations nippo-coréennes.

Alors que la Corée est annexée par le Japon dès 1910, Sunja se marie au pasteur Isak qui lui propose une nouvelle vie à Osaka. Aller vivre dans le pays qui oppresse ses compatriotes vient avec un prix. Commence alors une vie d’exil modeste et difficile, faisant face au racisme et au rejet des Japonais. Les journées sont longues et éreintante car « le destin d’une femme est de souffrir », mais l’avenir et l’éducation de ses deux garçons en dépend. Racisme, brimades, insultes seront le quotidien de ses écoliers qui rêvent tous deux à une meilleure vie. Malgré tous leurs efforts, ce sera le Pachinko, jeu de hasard à la croisée du flipper et de la machine à sous, qui permettra à la famille de quitter la misère. Affiliée à des pratiques mafieuses, le Pachinko n’a pas bonne réputation bien que ses fils respectent la loi et les règles. Stigmatisés comme étant des yakuzas, ce n’est que la dernière génération de cette famille qui touche l’espoir d’une intégration réussie. Pourtant en 1980, Salomon né au Japon et petit-fils de Sunja, ne peut toujours pas accéder à la citoyenneté japonaise. Loin d’avoir pu retourner en Corée où la torture et la division régnaient, la famille de Sunja sera toujours considérée comme des exilés apatrides. Traitres pour leur pays d’origine, et moins-que-rien pour leur pays d’accueil.

Un roman poignant. Sans fioriture. L’écriture de Min Jin Lee ne fait pas dans le sentiment et les grandes émotions. Parfois à mon plus grand regret. La résilience, l’acceptation de leur sort sans rien dire, ni se défendre en est même révoltant pour le lecteur. Malgré le courage de Sunja et sa force pour aller de l’avant, seul Mozasu m’a semblée digne de courage pour tenir tête face aux discriminations et être honnête avec ses ambitions.

Ce livre offre une plongée peu connue dans l’histoire de la colonisation de la Corée par le Japon, la Seconde Guerre mondiale vue par les habitants d’Asie de l’Est, l’introduction du christianisme en Asie et l’émancipation des femmes au XXe siècle au Japon... Bien que la famille de Sunja réussisse à s’élever socialement et économiquement au fil des générations, encore aujourd’hui les Coréens venus s’établir pendant la guerre et leurs descendants sont catégorisés comme des « Zainichi » et subissent encore la discrimination.

Pachinko de Min Jin Lee est ainsi un livre émouvant et instructif.