Les Québecois: ces irréductibles gaulois du Canada

Lorsqu’arrive le 1er juillet, les Canadiens sortent fièrement leur drapeau à la feuille d’érable rouge tandis que dans la province du Québec, les gens déménagent. Fierté nationale ou utilité domestique, chacun ses priorités pour cette journée fériée ! Et puis d'abord, le Québec a déjà célébré sa propre fête nationale le 24 juin dernier lors de la Saint-Jean-Baptiste. Mais pourquoi ? Pourquoi ce rôle d'exclus - ou d'indépendants - des québécois face au reste du pays ?

Un conseil lorsque vous vous expatriez au Québec: ne sortez pas le drapeau du Canada le 1er juillet. Et ne vous attendez pas à des feux d’artifice comme au 14 juillet. Pour les festivités, il faut en profiter le jour de la Saint-Jean-Baptiste, une semaine plus tôt. Défilés, musique, feux d’artifice et spectacles sont organisés le 24 juin dans les rues et sur les places publiques de la Belle Province. Car la fierté nationale ici, elle est Québécoise.

Cette fierté, cette identité, elle remonte à loin…

Adieu Nouvelle-France !

Le Québec est perçu par le pays comme le village des gaulois qui n’a jamais faibli face à l’oppresseur anglais. La France a beau avoir perdu la guerre en 1763, ne conservant que les Antilles et les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, les francophones sont restés sur le territoire de l’ancienne Nouvelle-France et ont défendu leur culture, leur langue et leurs droits face à la conquête britannique. Une bataille qui est toujours d’actualité.

En effet, la sauvegarde du français fait bien souvent les titres des journaux au Québec, et la politique d’immigration s’assure via des tests linguistiques que ces nouveaux résidents parlent un minimum le français.

Sous la domination anglaise, les québécois francophones en ont bavé. C’est le moins que l’on puisse dire… La ségrégation ethnoculturelle et le nouveau gouvernement sous domination britannique faisaient en sorte que les anglophones occupaient des postes à haute responsabilité tandis que les francophones (et les Irlandais) devaient se contenter des bas-fonds. Pauvreté, misère, racisme étaient le quotidien des francophones durant des décennies.

En 1791, le territoire a été divisé entre le Haut-Canada (anglophone) et le Bas-Canada (francophone), les deux régions ayant leur propre assemblée. Néanmoins, la population francophone avait peu accès et participait très peu au fonctionnement de l’État. Le Parti des Patriotes a alors réclamé une meilleure représentation des francophones, une période marquée par de violentes manifestations à l’automne 1837.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que deux peuples de deux nations distinctes ont ainsi été réuni sous le drapeau du « Canada-Uni » en 1841 pour faciliter l’assimilation des Canadiens français, ce peuple « sans histoire et sans littérature ». Or le peuple francophone est majoritaire en nombre, et le gouvernement se voit obliger d’accorder des prérogatives aux élus locaux francophones, notamment pour ce qui touche à l’école et à la religion, afin d’assurer sa survie.

Tandis que les anglophones restent fidèles à la couronne de l’Empire Britannique, les francophones dont les droits et la dignité ont été bafoués, commencent à réclamer un Canada réellement indépendant binational et biculturel. L’idée d’indépendance voit alors le jour dès 1920.

La Révolution tranquille

L’Église catholique a joué un rôle crucial et majeur dans le développement des institutions éducatives et sociales québécoises francophones. Son autorité a été de grande ampleur durant des décennies et le pouvoir ne risquait pas de le contester puisqu’il permettait de juguler le mouvement communiste d’après-guerre. Promouvant la colonisation des territoires éloignés par le peuplement, et donc encourageant les femmes à enfanter toute leur vie féconde durant, la vie des québécois francophones est restée longtemps austère et traditionnelle.

La période conservationniste menée par le gouvernement de Maurice Duplessis de 1944 à 1959 est même appelée « La Grande Noirceur ». Refusant les subventions économiques fédérales au motif de vouloir protéger l’autonomie de la Belle Province, le développement des infrastructures, de l’éducation, de la santé et de l’agriculture restent aux mains de l’Église catholique. Loin de la modernité, le Québec entre dans une période où le népotisme et la corruption règne face à la méfiance des mouvements politiques et syndicalistes.

Face à cet immobilisme, la société québécoise francophone se réveille au début des années 60. Le Parti Libéral entré au pouvoir et mené par Jean Lesage entame alors des réformes en profondeur : laïcisation, valeurs de liberté et d’égalité, modernisation des institutions notamment de l’éducation avec la création des écoles secondaires polyvalentes et des CÉGEP ainsi que des universités. Le régime d’assurance santé est aussi mis sur pied. Le Québec entre enfin sur la scène économique et l’État-Providence avec la nationalisation d’Hydro-Québec (électricité) sera le symbole de la réappropriation nationale des richesses du territoire.
Cette période de changement de 1960 à 1966 a été baptisée la Révolution Tranquille. Pas d’arme ni de sang, juste des réformes économiques et sociales qui ont rendu leur fierté aux québécois francophones.

Vers l’indépendance ?

Si l’idée d’indépendance a toujours été sous-jacente à la vie politique et socio-économique du Québec, ce n’est qu’en 1968 que le Parti Québécois voit le jour. Mené par René-Lévesque, ce parti social-démocratique fera ainsi de la protection de la langue française son cheval de bataille. Désormais, le français sera la langue enseignée pour tous à l’école, sauf pour les enfants de parents ayant été scolarisés en anglais au Québec ou au Canada. Les nationalistes trouvant la loi insuffisante, et les anglophones et allophones la trouvant trop sévère, cette loi est constamment remise en question et débattue, au même titre que la loi 101 (Charte de la langue française).

En 1989 et 1995, un référendum est soumis à la population du Québec pour voter le projet de souveraineté de la province. Les deux fois, le « non » l’emportera de justesse et ne fera qu’amplifier les divisions au sein de la population. De plus, les interférences du fédéral pour déstabiliser la Province n’a fait qu’attiser le sentiment d’une victoire volée. De récentes révélations d’archives déclassifiées ont d’ailleurs semées le trouble après plus de 45 ans (à lire ici).

Aujourd’hui, le Québec n’entend plus vraiment défendre son indépendance en tant que pays. La grande majorité de la jeunesse québécoise, largement mondialisée et multiculturelle, ne se préoccupe plus de ces aspirations. Cependant, les enjeux de langue et de culture sont férocement défendus. La particularité du Québec fait partie de sa culture, de son idéologie, de son histoire et de son présent, et beaucoup de débats entourant ces questions animent l’actualité.

Ainsi, le Québec peuplé « d’irréductibles gaulois » défend corps et âme son identité face à l’hégémonie du reste du Canada. La défense des intérêts politiques et économiques de la Province face à ceux des Canadiens reste une source constante de conflits et de réaffirmation de la culture québécoise.

C’est ainsi que le 1er juillet, fête nationale du Canada qui ne trouvait pas grande estime dans le cœur des québécois, est vite devenu le jour officiel des déménagements dans la Province puisque les baux se renouvellent à la fin juin.

Les Premières Nations: au-delà du « binationalisme »

Cette année, les célébrations pour la fête du Canada ont pour beaucoup été annulées face au deuil national qui secoue le pays suite à la découverte de centaines de  tombes anonymes d’enfants sur les sites d’anciens pensionnats autochtones. Ces découvertes macabres ont mis en lumière une page sombre de l’histoire du Canada et du Québec, qui, pour forcer à l’assimilation des autochtones à la culture blanche n’ont pas hésité à utiliser la violence. Ce génocide ethnique et culturel souligne la complexité historique de ce territoire devant faire face aux crimes de son passé.

Au-delà des anglophones et des francophones, le Canada s’est aussi et avant-tout le territoire ancestral des Premières Nations. Aujourd’hui, de nombreuses associations se sont créées et organisées pour faire reconnaitre leurs droits et protéger leur culture et leur savoir. Dès 2002, la Paix des Braves avait permis l’autodétermination des Cris du Québec afin d’entamer de nouvelles relations basées sur la coopération avec le gouvernement provincial.

Aujourd’hui, le gouvernement Trudeau appelle à la réconciliation. Ne pas ignorer le passé, mais aller de l’avant ensemble. Néanmoins, de nombreuses réformes doivent encore voir le jour pour lutter face au racisme systémique dont ils sont victimes, leur manque d’accès aux services de soins et de santé, ou encore la question de l’exploitation des ressources de leurs territoires.

La conscientisation de la population canadienne face à ces enjeux culturels et socio-économiques des autochtones ne fait que commencer…


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