Les enfants sont rois, Delphine de Vigan

Un petit bijou. Les enfants sont rois de Delphine de Vigan trônait dans ma PAL depuis quelque temps et j'avais hâte de le lire. Quel plaisir ! Delphine de Vigan est l’une de mes auteures préférées, et en s’attaquant au grand débat de l’usage des réseaux sociaux par des parents exposant leurs enfants à la face du monde, elle a su attiser mon âme et mon cerveau (oui j’aime les romans qui ouvrent le débat et font réfléchir !).

Dans son roman sous forme de polar et de pamphlet, on suit la vie de Mélanie qui fait de ses deux enfants, Sammy et Kimmy, des stars influenceurs sur sa page Youtube et Instagram. Unboxing, pranks, acheter tout ce qui commence par la lettre A, B ou C au supermarché, défis en tout genre… Rien n’est trop beau pour faire rêver sa communauté, alimenter son compte pour « partager de l’amour et du positivisme » et rafler des contrats publicitaires.

Ayant grandi avec l’avènement des téléréalités, Mélanie rêve de sortir de l’anonymat, d’être adulée et considérée comme un modèle. Son rêve, elle le vivra à travers et en utilisant ses enfants. Scrutés sous tous les angles, à tout moment de leur vie, Sammy et Kimmy jouent un rôle constant. Et Kimmy semble de moins en moins réceptive, jusqu’à son kidnapping.

Delphine de Vigan ne se contente pas de créer une situation de tension autour de l’enquête pour retrouver la petite Kimmy. Non, elle décortique et analyse l’envers du décor à travers le regard de Clara, agente à la brigade criminelle. Notre adhésion sans réserve à la société de consommation, notre rapport à l’intimité qui a largement évolué, notre voyeurisme, notre exhibitionnisme et la monétisation de notre quotidien filmé… À travers Les enfants sont rois, Delphine de Vigan pose tout simplement la question du consentement et du droit à l’intimité/vie privée des enfants. Est-ce qu’un enfant peut consentir librement à exposer sa vie sur les réseaux sociaux alors qu’il existe un « lien de subordination » avec ses parents ? À 2 ou 6 ans, un enfant ne peut pas comprendre les implications d’un tel usage.

Ce roman souligne les dérives et les dangers d’un monde numérisé, où l’identité d’une personne peut être aspirée à travers l’écran jusqu’à oublier de se questionner, de critiquer, quitte à se déconnecter de la vie réelle. Ouvrant dans les 100 dernières pages sur une société quasi dystopique ultra-connectée en 2031, Delphine de Vigan offre un monde dérangeant où on ne s’inquiète plus de l’arrivée de Big Brother mais où on le nourrit…

Les réflexions et les débats sont ouverts !